Il n’est point besoin de faire de multiples révolutions pour aimer la gentrification. Cet embourgeoisement des classes populaires, dit-on, pourrait tout aussi bien procéder du monde du vin. Certes, pas un embourgeoisement financier    ! Non. Plutôt un embourgeoisement du gout, du bon, du beau. C’est un peu la signification du vin de la semaine.

La cuvée La Bourgeoise, de la maison Henri Bourgeois (oui, le double jeu de mot est facile  !) à tous les atouts d’une gentrification organoleptique. Issue des vieilles vignes sur des coteaux de silex exploités par les moines de Saint-Satur, près de Sancerre, cette cuvée offre une minéralité et une précision de grain assez incroyable pour un prix, somme toute modique, quand on le rapporte à la qualité (tarifs aux alentours de 20 euros).

De tout petits rendements, des engrais organiques pour éviter de dénaturer les sols, une limitation des intrants, bref, un travail de qualité pour produire de très beaux sauvignons (le cépage blanc dont les vins de Sancerre sont issus).

La beauté du Sancerre réside dans sa capacité à être bu tout seul pour le seul plaisir d’arômes envoutants de sauvignon ou pour ses multiples alliances avec les mets. Presque rien ne lui fait peur, pas même certaines viandes délicates comme le veau.

Le bâtonnage (remise en suspension des lies lors de l’élevage pour apporter plus de gras et de densité) dessine un subtil crémeux apportant à la texture un très beau toucher de bouche qui enchante le palais par une précision et un côté cristallin d’une simplicité époustouflante.

« L’horreur des bourgeois est bourgeoise », affirmait Jules Renard dans son célèbre journal, avant d’ajouter « les bourgeois, ce sont les autres ». Alors, assumons, jouissons, vivons bourgeoisement et surtout, buvons    !


Henri Bourgeois – La Bourgeoise – Sancerre – 2013 – Blanc

Beau boisé qui tire vers le menthol et le réglisse tout en étant délicat. Pureté et précision dans les notes d’agrumes. Cristallin en bouche, précis, une texture subtilement crémeuse et une finale longue, pure avec des touches de silex très délicates. Tout simplement superbe. – 16,5/20


Yohan Castaing


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