Dans un monde saturé par les images inutiles, les icônes indigentes, quiconque s’avance pour répondre à des signes du nihilisme agit en démiurge au sens étymologique, à savoir en ouvrier expérimenté dans l’architecture d’un univers. Autrement dit, en lieu et place des sachants et des croyants, laissons la place aux vrais experts, aux artisans capables de bâtir. Dans cette configuration particulière, les vignerons et les consommateurs devraient être les prophètes d’une organisation susceptible d’agir en remède face aux injonctions dans lesquelles se drapent les deux étalons de la lutte anti et pro vin et n’être plus les dindons d’une farce que l’on joue à leurs dépens.

À l’occasion des élections législatives et présidentielles, le soi-disant organe officiel de la viticulture française, Vin & Société, dresse des barricades infranchissables contre les obscurs sachants de l’ANPAA, Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie, et ses quelque 75 millions d’Euros de financement public pour demander quelle place le vin doit prendre dans notre société. S’ensuit cinq propositions, plutôt cinq points abordés de manière généraliste et, malheureusement, peu audible pour montrer que l’on existe. C’est un peu David contre Goliath à la sauce parisienne dans les cabinets feutrés des ministères parisiens. Mais, l’histoire nous l’a bien appris, il est parfois utile de faire sens et de procéder par ruse si l’on veut terrasser plus grand que soi. Et si d’aventure, l’historiographie religieuse ne trouve grâce à vos yeux, utilisons le sens du combat oriental, via le judo ou le karaté, pour laisser à comprendre qu’il vaut mieux utiliser la force de son adversaire pour le faire choir en lieu et place d’une lutte frontale.

En se faisant la caisse de résonance d’une association moribonde (l’ANPAA), on donne le bâton pour se faire battre

Donc, le vin représente 500 000 emplois non délocalisables, quelque huit milliards d’euros d’excédent et 12 millions de touristes ? Utilisons cette force à dessein, réunissons tous les acteurs autour de la table, demandons des comptes à l’ANPAA et agissons pour le bien des consommateurs. Telle devrait être la stratégie. Au lieu de cela, des énièmes propositions se font jour pour contrer une association qui ne trouve grâce et ne vit que des subsides d’un état qui préfère cautériser une jambe de bois que soigner le malade. Que les acteurs du monde du vin prennent en main leurs destins et arrêtent de stigmatiser, qui la fiscalité comportementale, qui l’agrandissement du logo «  femme enceinte  », qui la remise en cause de repère de consommation ou l’encadrement de la publicité. En se faisant la caisse de résonance d’une association moribonde (l’ANPAA), on donne le bâton pour se faire battre. Se prendre en main, attirer des consommateurs, des associations de consommateurs, montrer la force des acteurs véritables de la filière vin auprès des politiques, répandre une information juste et vérifiée et enfin faire sienne la cause de santé publique va bien au-delà d’une simple communication opportuniste en période d’élections. Oui, la cause de l’alcoolisme foetal devrait être une cause de l’ensemble de la filière vin qui viserait à stimuler les énergies plutôt qu’à se plaindre d’un logo qui n’a définitivement aucune utilité. Qui peut encore croire, en 2017, que les femmes victimes d’alcoolisme vont guérir grâce à un pictogramme plus ou moins imposant ?

Ce n’est pas en critiquant, en éructant, en se réveillant une fois tous les cinq ans que les politiques entendront d’une voix nouvelle les propositions d’une filière qui compte en France

Vin & Société, une nouvelle fois, se trompe de stratégie. Ce n’est pas en luttant contre des politiques publiques et une association que l’on pourra combattre la stupidité des gouvernants. C’est tout simplement en étant à leurs côtés dès les premiers jours, de manière constante sur le terrain, dans les vignes, dans les campagnes et les villes, à informer, à proposer, à insuffler des actions nouvelles et des solutions que les acteurs du monde du vin pourront faire entendre leurs voix. Ce n’est pas en critiquant, en éructant, en se réveillant une fois tous les cinq ans que les politiques entendront d’une voix nouvelle les propositions d’une filière qui compte en France.

Amis vignerons, amis consommateurs, réunissez-vous. Faites cause commune, alliez-vous pour une consommation raisonnée et raisonnable, pour la lutte contre l’alcoolisme, pour le maintien de notre culture, de notre histoire, pour une croyance dans l’intelligence de chacun. Chers amis de Vin & Société, au lieu d’appeler de vos vœux la mise en place d’un véritable dialogue avec les pouvoirs publics, soyez proactifs. Prenez les rênes d’une parole qui ne demande qu’à être écoutée. Ainsi vous serez les maitres du jeu, ainsi vous aurez du poids, ainsi vous renforcerez la parole des vignerons, ainsi vous pèserez dans le débat. Mais en l’état actuel des choses, ne prétendez pas représenter les 500 000 acteurs de la vigne et du vin car, finalement, vous ne les connaissez pas.


Yohan Castaing

Une réponse

  1. De Greef

    Je serais beaucoup plus partisan d’un étiquetage rappelant les méfaits des sulfites sur la santé en concentration parfois beaucoup trop importante dans le vin. La lutte contre l’alcoolisme ne se fera jamais avec l’étiquetage des bouteilles mais commence par la réduction de la pauvreté en France.

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