Son nom n’est pas très connu en dehors du sérail du petit monde du vin. Et même dans ce petit monde, il n’est pas le plus médiatique. Pourtant, ce monde là devrait être reconnaissant envers Gérard Colin.

Diplômé de l’Université d’Oenologie de Bordeaux, il travailla longtemps pour Château Teyssier à Saint-Emilion puis à Château Clarke à Listrac. Par la suite, ses différentes fonctions l’amenèrent à devenir consultant et vinificateur, flying winemaker dit-on aujourd’hui.

C’est donc sous cet apparat qu’il réalisa son premier voyage en Chine, dans les années 1990. Il rencontra CK Chan, alors propriétaire de Grace Vineyard. L’homme avait fait fortune dans la vente de charbon de la région du Shanxi et voulait imposer la création ex nihilo d’un vignoble dans la région. Une région où le climat est rude. Très chaud en été, c’est un quasi désert avec des sables loess qui sont très fertiles, et très froid en hiver au point de devoir « chausser » les vignes (couvrir les pieds des vignes avec de la terre) pour éviter qu’elles ne gèlent et que les ceps n’éclatent sous la pression du froid.

Gérard Colin fut alors missionné par M. Chan avec la difficile tache de réaliser un vin de qualité dans cet endroit indélicat. Très vite, il comprit la nécessité d’importer des cépages « ayant fait leurs preuves », des cépages bordelais, merlot et cabernet-sauvignon en tête, puis de réaliser un chai digne de ce nom.

En quelques années seulement, Gérard Colin permit à Grace Vineyard de devenir le domaine phare et le pionnier dans les vins chinois, glanant des médailles dans les différents concours et ouvrant la voie à d’autres.

Son travail terminé à Grace Vineyard, les Domaines Barons de Rothschild (la branche détenant Lafite Rothschild) le recrutèrent pour implanter leur vignoble près de la fameuse route de la soie. C’est lui qui choisit le lieu, le terroir et les cépages. Là encore, il montra une réelle connaissance des terroirs chinois, hétérogènes et multiples, et prouva la capacité de ce pays à produire des vins dignes d’intérêt.

Depuis quelques années, il occupait son temps à des projets oenotouristiques. Il vient de s’éteindre à l’âge de 75 ans, le 9 Février 2017, victime d’une crise cardiaque en dégustant un verre de vin de Bourgueil.


Yohan Castaing

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.