Qu'il est complexe, lorsque l'on déguste près de 3000 à 4000 vins par an, de choisir dix noms, dix références qui nous ont particulièrement marqués. Même si les 4000 vins dégustés ne sont pas tous  inscrits dans notre mémoire, nombre d'entre eux font désormais partie de notre « base de connaissance », de notre ADN vin à tout jamais.

Extraire, c'est trahir. Qu'il en soit ainsi. Pourtant, ce que j'ai essayé de ne point trahir dans cette liste, c'est un dénominateur commun à tous ces vins : leur exceptionnel rapport qualité/prix.

Il aurait été aisé de ne retenir que les plus grands, les plus onéreux, les plus connus. Cela aurait procédé d'un raisonnement narcissique qui met en avant le critique, plus que le vin. Au contraire,  sélectionnons les vins qui possèdent en eux l'essence du terroir, l'amour du travail bien fait, la capacité de restituer le lieu et bien évidemment, car nous sommes tous des consommateurs, savent flatter nos papilles avec des prix abordables. Volontairement donc, je n'ai pas souhaité dépasser les 50 Euros. Seuls 1 ou 2 vins atteignent cette somme,  mais les autres restent des vins abordables, souvent peu connus, dont les adresses s'échangent sous le manteau. Alors certes, ils ne sont pas les plus médiatiques, mais demande-t-on à un vin qu'il soit bon et abordable, ou qu'il soit connu ? Vaste sujet...


Yohan Castaing


Le top 10


 

Domaine Pech-Redon – L'épervier – 2013

Christophe Bousquet se bat, jour après jour, pour faire connaitre son domaine, évidemment, mais également œuvre pour le bien commun en étant un inlassable ambassadeur du fabuleux terroir de La Clape, une ancienne ile près de Narbonne. Un combat récompensé en 2015 par la reconnaissance en AOC. Ces vins sont typiques de l'évolution des temps. Dans les années 1990/2000, ils étaient massifs, denses, puissants. Aujourd'hui, ils gagent en précision, en finesse, en équilibre et surtout en fraicheur pour atteindre une très belle buvabilité.

L'épervier 2013 est une cuvée qui flaire bon les notes de cerise noire, d'épices, de garrigues. Juteux avec de beaux tanins veloutés, le toucher de bouche est plein de fond, de suavité dont l'ensemble est rehaussé par une belle amertume. - 17 - Aux alentours de 15 à 17 euros.


Domaine Binet Jacquet – Réserve - Faugères – 2014

Les dégustations à la chaine, celles que nous pratiquons pour déguster un nombre de vins impressionnants en un minimum de temps, sont parfois d'un ennui incommensurable. Heureusement, il arrive que certains vins possèdent l'éclat nécessaire pour se singulariser. Ce ne sont pas forcément  les meilleurs, les plus aboutis, mais ils sortent du lot. C'est un peu le cas avec Binet-Jacquet. Deux anciens vignerons, devenus entrepreneurs, qui rivalisent d'intelligence et de passion pour le terroir de Faugères, dans le Languedoc. La culture en biodynamie les aide à faire ressortir l'éclat des vins de schistes tout en gardant une superbe fraicheur.

La cuvée Réserve impressionne par ses arômes nobles de cerise, mure, poivre. Le grain est juteux, la matière parfaitement équilibrée avec des amers finaux particulièrement adaptés à la gastronomie. - 16 – Aux alentours de 12 Euros.


Domaine du Pech de l'Escale – Schurando - Corbières Boutenac – 2014

Dans une appellation, malheureusement, dévolue à la macération carbonique sur carignan, il existe, et c'est heureux, un esthète vigneron qui résiste à cette outrancière vision moderniste. Un amateur de vins, mué en vigneron, a décidé d'acheter et de développer un domaine. Une vinification traditionnelle, donc, pour un amoureux de la netteté, du plaisir.  La fraicheur et la pureté au nez emballent par leur dimension complexe, la bouche est juteuse à souhait, le boisé élégant, le toucher de bouche suave. C'est un grand de demain. - 16,5 – Aux alentours de 14 Euros.


Domaine de la Mordorée – La Reine des Bois – Tavel – 2015

A une époque où les rosés deviennent des caricatures d'eux-mêmes et où plus les corps des consommateurs sont hâlés, plus les rosés sont pâles, il est revigorant, voire vivifiant, de constater que certains vignerons pensent, encore, que la tradition a du bon. Le Domaine de la Mordorée œuvre dans une optique de rosés colorés, amples, généreux, subtilement vineux, voire presque crémeux. Des rosés de grand art, loin, très loin, des ersatz que l'on nous sert aujourd'hui. 18,5 – Aux alentours de 18 Euros


Jeantet-Laurent – Les filles de Maugiron – Côte-Rôtie – 2014

Le seigneur de Maugiron possédait le Château d'Ampuis, en pleine Côte-Rôtie. Selon la légende, il eut deux filles, l'une blonde, l'autre brune, qui donnèrent naissance à la fameuse dissociation du terroir des collines de Côte-Rôtie en Côte Brune et Côte Blonde. Aujourd'hui, Antoon Jeantet-Laurent, ce jeune vigneron dont nous nous sommes fait l'écho sur Atabula, exhale le terroir du Rhône septentrional en proposant des vins tendus, droits, un peu acides certes, mais rivalisant de précision, de qualité, de netteté. Laser-like, disent les anglais, je ne peux trouver mieux. 17,5 - Aux alentours de 45 Euros.

Domaine de la Vieille Julienne – Les Hauts-Lieux - Châteauneuf-du-Pape – 2015

Pour ceux qui croient encore que les vins de Châteauneuf-du-Pape sont des vins de chasseur, ils feraient bien de rendre visite à Jean-Paul Daumen. De ses terroirs proches d'Orange, sur le quartier des Cabrières, il produit des vins d'une fraicheur, d'une suavité proche du juteux, que je peine à retrouver sur d'autres vins de l'appellation. Des vins qui ont une âme, une singularité, celle de la bienséance, de l'élégance, de la puissance dans l'équilibre. Tout simplement magnifique – 18 – Aux alentours de 50 Euros.


Domaine le Fay d'Homme – Clos de la Févrie – Muscadet Sèvre et Maine – 2015

Ne me parlez plus du muscadet avec les huîtres dans une valse commune sur l'iode. Je vous parle, plutôt, de muscadet suave, juteux, presque crémeux, sans aucune aspérité acide, dans un volume de bouche impensable. Il est vrai que Vincent Caillé, notamment grâce à un travail de Romain et à l'adoption de la culture biodynamique, réalise des muscadets atypiques. Atypiques ? Vraiment ? Plutôt de vrais muscadets ! Il en ressort l'un des plus beaux rapports qualité/prix/travail de France. - 17 – Aux alentours de 8/10 Euros.


Andrée Trapet – Riesling – Alsace Grand Cru Schoenenbourg – 2013

Voltaire posséda quelques arpents de ce grand cru, tant sa renommée était haute. Ici, en Schoenenbourg, sur un terroir de gypse et de marne, le riesling est roi. Et quand ce riesling est vinifié par une adepte de la biodynamie et vinificatrice de talent, il en résulte un vin miraculeux. A plusieurs titres d'ailleurs. En premier lieu des arômes nobles de verveine, de citron, de tilleul. Un peu atypique, il faut bien le dire. Puis, un toucher de bouche conférant à la noblesse, à la précision, à la finesse du grain. Peu connu, ce vin est pourtant une référence. 18 – Aux alentours de 28 Euros.


Château Climens – Sauternes – 2011

Qu'il est complexe de réaliser des vins de Sauternes. Vendanges de précision, vinification complexe, élevage intransigeant. Tout est réuni pour en faire l'un des grands vins au monde. Pourtant, le consommateur boude. Il n'aime plus le sucre, lui qui en ingurgite des quantités astronomiques sans s'en rendre compte. Pourtant, il passe à côté d'un des meilleurs rapports qualité/prix de Bordeaux. Car, quand il est bien fait, comme c'est ici le cas avec Bérénice Lurton, le sauternes est un summum. Climens est un summum. Sommet d'une qualité aromatique impressionnante avec des notes d'abricot, d'encaustique, de fleurs, de fruits blancs, sans jamais alourdir aucunement. Sommet de fraicheur aussi, dans la race et la finesse de grain. Enfin, sommet de garde, puisqu'un vin de Sauternes vous accompagnera tout au long de votre vie, dans une fidélité désarmante. Que demander de plus ? - 18,5 – Aux alentours de 45/50 Euros.


Domaine Boisson-Vadot – Bourgogne Aligoté – 2014

C'est le mal aimé de la Bourgogne, l'aligoté, ce cépage blanc, dont le célèbre chanoine Kir voulait en faire un apéritif universel. Pourtant, des passionnés gardent des plants de qualité, adoptent une belle viticulture et domptent l'acidité, il est vrai parfois présente, par des élevages longs. Il en ressort un vin au nez vif, délicat aussi, plutôt dominé par les fruits blancs et les herbes. La bouche, quant à elle, impressionne pour son juteux (assez rare sur ce cépage) et sa bienveillance. Un vin plein d'éclat que Bernard Boisson et son fils Pierre ont réussi à maitriser à la perfection. C'est un domaine peu connu, encore dans l'ombre des grands critiques, mais qui ressemble à s'y méprendre aux vins de Coche-Dury. Ce n'est, peut-être, pas pour rien si les enfants sont amis... - 16,5 - Aux alentours de 15/20 Euros (attention domaine victime de la spéculation outrancière).


Yohan Castaing / © Giorgio Pulcini

 

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